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François Barcelo a choisi:
Momo arrive enfin dans la chambre des joueurs.
Les autres ont presque tous fini de s’habiller. Momo se dépêche. Il met sa culotte, ses jambières, ses bas, chausse ses patins, enfile les épaulières, les protège-coudes, le chandail, sort le casque et les gants...
Tout au fond du sac, il reste encore un drôle d’objet comme il n’en a jamais vu. Avec des bandes élastiques et une espèce de triangle en plastique très dur.
— Qu’est-ce que c’est? demande Momo au joueur à côté de lui, qui chuchote, le plus sérieusement du monde:
— C’est une muselière. Jocelyn trouve que Simon parle trop. À ta place, je prendrais pas de chance. Je le mettrais.
— Ah bon.
Momo prend la muselière, la pose sur son nez, essaie de la faire tenir derrière sa tête avec les élastiques. Ce n’est pas assez serré. Il enfile le casque grillagé, serre la courroie sous le menton. Ça tient. Ça ne sent pas très bon et ça ne facilite pas la respiration, mais ça tient. Il met ses gants, prend son bâton.
— Vous êtes prêts? Debout! ordonne l’instructeur.
Les garçons se lèvent, se placent sur un seul rang. Ils ont l’air de soldats qui s’en vont au combat.
Comme un général, l’instructeur passe ses joueurs en revue. Il rentre une épaulière qui dépasse à l’encolure du chandail d’un joueur. Il ajuste la courroie du casque d’un autre. Il s’arrête devant Momo.
— Tiens, un autre petit comique, dit-il.
Tous les joueurs se tournent vers Momo et éclatent de rire. Momo regarde autour de lui. Il est le seul à avoir un museau sur le nez.
— C’est pas là que ça va, dit l’instructeur. C’est là.
Son doigt désigne le centre de la culotte de Momo, qui comprend que son museau est plutôt un protège-zizi. Il rougit jusqu’aux oreilles et probablement tout le tour de la tête aussi, enlève son casque et entreprend à toute vitesse de rectifier son équipement.
François Barcelo commente:
J’avais dix ans et j’étais pensionnaire au collège de L’Assomption. Un jour, je suis allé faire un tour dans le vestiaire de l’équipe de hockey du collège et j’ai aperçu une coquille protectrice. J’ai demandé ce que c’était. Un grand farceur m’a dit que c’était une muselière et m’a mis la coquille sur le nez. L’odeur était telle que je m’en suis souvenu plus de cinquante ans plus tard lorsque j’ai écrit cette mésaventure de Momo de Sinro. Les pires souvenirs font souvent les meilleures histoires.