![]() |
|
Lucie Bergeron a choisi:
Tantoche fixe la vapeur qui commence à s’échapper du chaudron sur le feu. Tantoche, le surnom que Tomas donnait à la Vielle. Il disait que notre tante n’avait rien dans la caboche. Il croyait dur comme fer qu’un vent de tempête avait balayé les mots de sa tête. Ouste ! Allez voir ailleurs, soufflait l’ouragan. À la sortie, ses mots n’avaient pas su où aller. Alors, ils s’étaient accrochés aux murs avec leurs pattes de grenouille. Et la nuit, on les entendait se répondre et s’appeler.
Moi, je disais à Tomas que tous ces sons étranges pouvaient s’expliquer. Les gémissements, les craquements... C’était le vent du large qui secouait la maison. Tout simplement ! Lui n’en croyait rien. Sérieux, il écoutait les mots perdus de notre tante et il ne s’endormait qu’à l’aube quand les paroles brûlent sous les premiers rayons du soleil. Depuis que mon Tomas n’est plus là, ce sont ses mots d’enfant que j’entends et ils ne me font pas rire.
Lucie Bergeron commente:
Pourquoi ai-je choisi cet extrait de la première aventure de Dagmaëlle ? Tout simplement, parce que je l’aime ! Ce court passage illustre bien mon travail de création. Quand j’ai commencé la rédaction des Compagnons des Hautes-Collines, j’ai fait un choix. Après quinze ans d’écriture pour la jeunesse, j’ai décidé d’écrire sans me créer de barrières inutiles, librement, en laissant le flot de l’écriture couler. Sont alors apparues des images inédites, des métaphores auxquelles je ne m’attendais pas. J’ai plongé dans ce nouvel univers et j’ai fait un très beau voyage.