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Christiane Duchesne (auteure, illustratrice, traductrice)

Photo: Éric Daudelin
Christiane Duchesne est née à Montréal (Québec) en 1949. Elle fait des études en design industriel à l'Université de Montréal. Depuis près de quarante ans, Christiane Duchesne a publié plus de quatre-vingt-dix ouvrages, des textes pour le théâtre, la télévision, la radio et le cinéma. Elle a traduit plus de sept cents titres d'albums illustrés pour la jeunesse et écrit les paroles d’une centaine de chansons.

Elle remporte le prix du Gouverneur général en 1990 en 1992 et en 2001, le prix Christie en 1991,1993 et 1995, et le prix Alvine-Bélisle en 1991, 2000 et 2010. En 1996, elle est finaliste au prix Hans Christian Andersen (Ibby international) pour l'ensemble de son œuvre. En 2001, L’Homme des silences remporte coup sur coup le prix France-Québec et le prix de l’Académie des lettres du Québec.

Ce que l’on retient de l’écriture de Christiane Duchesne, qu’elle s’adresse aux jeunes lecteurs ou aux adultes, c’est une simplicité remarquable et un imaginaire d’une grande force. «Il y a un allant dans l’écriture de Christiane Duchesne, une fluidité non apprêtée et une célébration de l’essentiel qui résonne jusque dans nos cordes les plus sensibles.» (Jean Fugère).

Elle travaille auprès des enfants en milieu défavorisé, donne des cours et des ateliers de création autant avec les petits qu’au niveau universitaire, ici comme en France et en Belgique. Elle s’implique dans plusieurs milieux connexes à son métier.

Extrait

Vengeance d'Adeline Parot (La)
Christiane Duchesne - Boréal - Coll. «Boréal Junior» - 2009 - 144 p. - 9,95 $ - ISBN : 978-2-7646-0686-5

Christiane Duchesne a choisi:

Adeline avait sept ans lorsque Phil était remonté du port dans le camion de Billi, portant une boîte avec mille précautions comme si elle était de verre. Sans un mot, et sous le regard amusé de Pirguitte, il l’avait posée sur la table de la cuisine. — Vous voyez bien que c’est fragile ! avait bougonné Phil.

Pirguitte et Adeline ne voyaient rien du tout puisque la boîte n’était pas ouverte. Mais le seul fait que Phil soit descendu au village dans le camion de Billi (et pas à cheval) prouvait bien que le colis avait quelque chose de spécial.

Phil avait alors sorti la chose de la boîte. Toujours silencieux, retenant un sourire, Phil avait déroulé un fil qu’il avait aussitôt branché dans la prise électrique. Il avait appuyé sur un bouton et, comme sous le coup d’un phénomène magique, quelqu’un était apparu dans la petite fenêtre :

… et dans quelques minutes, le premier ministre prendra la parole pour annoncer la date des prochaines élections, avait dit une dame au joli visage rond encadré de cheveux presque trop blonds.
— Ceci, avait déclaré Phil, s’appelle une télévision. Tout le monde en a une.
— Vraiment ? avait fait Pirguitte, moqueuse.

Pirguitte et Adeline, ravies, serrées l’une contre l’autre, observaient sur l’écran la dame blonde qui parlait encore. Bien sûr, elles en avaient déjà vu, des télévisions ! Tout le monde en avait une, même les sœurs Bonnet. Pour qui Phil les prenait-il donc ? Mais chez elles, comme ça, dans la maison au beau milieu de la cuisine, cela faisait tout de même grand effet.

Phil avait appuyé sur un autre bouton, et elles avaient pu voir un homme d’âge mûr qui tondait sa pelouse en parlant de sa tondeuse en vous regardant dans les yeux comme s’il voulait vous la vendre. Au coup de bouton suivant, une jeune fille était apparue : elle berçait un bébé avec, par-dessus son épaule, la tête d’un jeune homme barbu dont les yeux bleus fondaient de tendresse.

— Si tout le monde en a une, pourquoi nous, on n’en avait pas ?
— Parce que…

Il leur avait fallu se satisfaire de cette réponse de Phil.

L’arrivée de la télévision avait été un grand moment : c’est ce jour-là qu’Adeline avait saisi ce que pouvaient être de vrais parents. Et si tout le monde en avait, pourquoi, elle, n’en avait-elle pas ? Bien sûr, elle savait que tous les enfants ont des parents, ce n’est pas la télévision qui venait de le lui apprendre. Mais de les voir, ces deux-là, avec leur tout petit bébé, avait déclenché chez Adeline un sentiment nouveau.

La télé, c’est comme les parents. Il y en a qui en ont, il y en a qui n’en ont pas. Il est fier de la télé, Phil. Mais j’aurais préféré des parents.
Extrait du Cahier de carton


Christiane Duchesne commente:

On se demande tous à un moment de notre vie ce qu’on fait sur cette étrange planète. Adeline Parot, elle, ne sait pas d’où elle vient. Qui sont ses parents ? Elle n’en a pas la moindre idée. Pourtant, elle sait bien qu’il lui faut des parents puisqu’elle est née un jour. Un roman sur l’identité...