Communication-Jeunesse
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Cécile Gagnon (auteure, illustratrice, traductrice)

Photo: Martine Doyon
Née à Québec en 1936, Cécile Gagnon obtient d'abord un baccalauréat en lettres de l'Université Laval en 1956, puis fréquente la Boston University School of Fine and Applied Arts, l'École nationale supérieure des arts décoratifs, à Paris et Sir George Williams University (departement of Art Education). En 1988, elle poursuit sa formation au certificat en études italiennes à l'Université de Montréal et à la Scuola di Lingua e Cultura à Sienne, en Italie. À ses nombreuses responsabilités s’ajoute celle de chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en Lettres et Communications.

Cécile Gagnon est une pionnière de la littérature québécoise et canadienne française pour la jeunesse. Son itinéraire s’échelonne sur plus de quarante ans. Auteure d'une centaine de romans, documentaires, contes pour tous les âges, elle a publié dans de nombreuses maisons d'édition au Québec, aux USA, en Belgique, en France et en Suisse et ses ouvrages sont traduits en plusieurs langues dont l’espagnol, l’italien, le catalan, l’anglais, le néerlandais et le serbe. Elle est aussi illustratrice et traductrice.

Figure importante de la littérature, elle défend âprement le milieu de la création, de la promotion des artistes et les conditions dans lesquelles ils exercent leur art. Elle participe ainsi à la fondation d'organismes voués à la promotion de la littérature québécoise pour la jeunesse, dont Communication-Jeunesse. Elle préside l'organisme de 1977 à 1979 et est membre honoraire depuis 1988. Elle fonde aussi l'Association des écrivains québécois pour la jeunesse (AEQJ). C'est d'ailleurs pour souligner son apport au milieu qu'un prix littéraire accordé à la première oeuvre d'un-ne auteur-e porte son nom.

Par l’écriture, Cécile Gagnon cherche à communiquer des émotions, sortir les lecteurs du quotidien, lutter contre l'oubli et explorer la richesse de la langue française et de notre patrimoine. Elle veut transmettre le goût de lire aux jeunes, donner accès à la beauté et à l’imaginaire.

Très fière de ses ateliers d’écriture offerts ici, en France, en Suisse, en Italie, elle permet à des enfants de s'initier à l'écriture. Dramaturge pour et avec les enfants, elle présente ses pièces sur plusieurs scènes au Québec et à l'étranger.

Elle reçoit entre autres le Prix du Grand jury des Lettres en 1961 pour La pêche à l’horizon (Éditions du Pélican – 1961); le Prix de la Province de Québec (1970) pour Martine-aux-oiseaux (même éditeur – 1964); le Prix de l'Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF) en 1980 pour Alfred dans le métro (Éditions Héritage – 1980) et le Prix Raymond-Beauchemin de l'ACELF (section littérature enfantine) en 1985 pour le manuscrit de L’ascenseur d’Adrien (Éditions Héritage – 1993). À plusieurs reprises, Cécile Gagnon est finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada : en 2001 pour Le Chien de Pavel (Soulières éditeur – 2000) et en 1988 pour Châteaux de sable (Éditions Pierre Tisseyre – 1988).

Extrait

Fantôme du peuplier (Le)
Cécile Gagnon - Hurtubise - Coll. «Atout» - 2004 - 160 p. - 10,95 $ - ISBN : 2-89428-726-7

Cécile Gagnon a choisi:

— Grand-maman, laisse-moi aller jouer sur le canon, dit la petite voix.
— Pas maintenant, dit l'autre voix.
Et la petite répète:
— S'il te plaît! S'il te plaît! avec beaucoup d'insistance.
Je glisse un œil et je vois une petite fille courir à toutes jambes vers le canon. C'est une petite fille avec de longues nattes blondes. Je ne vois pas son visage. Ce qui me surprend beaucoup c'est qu'elle porte une jupe courte et qu’on voit ses jambes.
En un sens, plus que ce que j'ai vu la nuit d'avant, cette enfant qui grimpe à cheval sur le canon me stupéfie. Comment peut-on laisser faire une pareille chose? La personne restée sur le banc regarde l'enfant qui joue en souriant. Décidément, il se passe de drôles de choses sur les Hauteurs d'Abraham. La petite fille gesticule et fait des bruits avec sa bouche. J'entends des boum! boum! lancés vers le ciel. Rien de bien menaçant.
Je me mets à réfléchir: au fond, est-ce que c'est si différent de ce que j’ai vécu? Un enfant — une fille — ça, oui, c'est clairement incroyable, joue à la guerre sur un canon qui brille au soleil.
Tenaillé par une grande curiosité, je me glisse tout à coup hors de mon arbre et je m’approche d’elles. Je vois distinctement devant moi, deux femmes, une jeune et une vieille. La petite tape toujours sur le canon et semble ravie. Je fais carrément le tour du canon pour mieux l’observer. Mon étonnement a raison de m,es craintes. Mais, au moins, je comprends une chose : je ne suis pas visible aux yeux des humains, cette découverte me rassure et me désole à la fois. Je me retire en songeant longtemps à cette surprenante vision : un enfant joue à la guerre.
Puis, je les vois s'éloigner. La petite fille marche aux côtés de la dame âgée en lui donnant la main. Elle sautille sur l’herbe et elle a l’air très heureuse.

Cécile Gagnon commente:

Cet extrait vient d’un livre que j’ai mis beaucoup de temps à écrire et que j’aime énormément. Pourtant il n’a reçu aucune attention! Je me suis servie d’un personnage imaginaire (un jeune soldat anglais du XVIII ème siècle) pour revisiter à ma façon la ville de Québec où j’ai vécu ma jeunesse. Cette ville m’a nourrie d’histoire, de légendes, de faits d’armes qui font partie de moi. Toute mon enfance, j’ai joué sur les canons des Plaines d’Abraham. Me reconnaissez-vous dans la petite fille aux nattes blondes?