Communication-Jeunesse
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Charlotte Gingras (auteure)

Née à Québec, Charlotte Gingras a fait des études universitaires en pédagogie et en arts plastiques. Elle a enseigné aux enfants du primaire, et elle a travaillé comme pigiste dans le milieu des arts visuels. Elle fait régulièrement des rencontres d’auteur dans les écoles et les bibliothèques.

En tant qu’écrivaine pour la jeunesse, Charlotte Gingras est habitée par les thèmes reliés à la solitude, à la fragile construction de l’identité et au désir de liberté. Pour les jeunes lecteurs du primaire, elle a publié la populaire série Aurélie, Les perdus magnifiques et La boîte à bonheur. Pour les adolescents, elle a écrit plusieurs romans dont les plus récents titres sont : La disparition et Ophélie. Enfin, elle a été deux fois lauréate du prix du Gouverneur général pour ses romans La liberté? Connais pas… et Un été de Jade et elle a obtenu le Prix Christie pour La boîte à bonheur.

Extrait

Ophélie
Charlotte Gingras - Ill. : Daniel Sylvestre - La courte échelle - 2008 - 264 p. - 19,95 $ - ISBN : 978-2-89021-957-1

Charlotte Gingras a choisi:

Quand je nous regarde, moi et Ulysse, ici à l’atelier-refuge, je ne sais pas quoi penser. Nous sommes si différents des autres de l’école. Nous ne ressemblons à personne. Nous nous sommes inventés des prénoms. Nous habitons à temps partiel un lieu clandestin où on s'est fabriqué un nid et des images de gardiens, où je gribouille, où il remonte son moteur en suivant les conseils de Janvier. On se sent tellement moins seuls que, des fois, on est presque heureux, que nos âmes s’envolent et nous rêvons, lui de voyages et moi de ma fille à l’envers. Notre chien à trois pattes est ravi. Tous les trois, nous traversons si souvent la frontière que la ligne de craie s’efface un peu plus chaque jour.

Charlotte Gingras commente:

Ce roman met en scène des marginaux et des laissés pour compte, ceux à qui l’école ne convient pas d’emblée, ceux qui ne font pas partie de la "gang". Avec eux, j’ai exploré un monde parallèle, celui d’un autre lieu, squatté celui-là, où mes héros écorchés et solitaires retrouvent en secret leurs rêves et leurs désirs.

Deux héros principaux, un gars trop gros et une fille à l’allure d’un chat de ruelle, se retrouvent en dehors des heures scolaires dans un « atelier », où ils devront apprendre à partager l’espace, tenter de se tolérer et de s’apprivoiser. Et si l’école leur semble un repoussoir d’où ils veulent s’extraire, ils n’y parviennent pas totalement car elle ressemble à la vraie vie, la parfois cruelle et difficile vie quotidienne. D’une part, donc, la vie de l’école publique, grouillante, agitée, confrontante, d’autre part la vie du refuge, lieu de rêves et d’intimité, mais tout aussi confrontante. Ils apprendront à voyager d’un espace à l’autre.

Au fil de l’écriture, l’éveil de la sexualité et de la relation amoureuse a surgi et s’est imposé comme un enjeu important du récit. Et bien sûr, comme toutes les autres fois où j’ai écrit pour les ados, le rôle de l’acte créateur, comme affirmation identitaire, a pris une place singulière.

J’ai choisi la voix narratrice au « je » de la fille. Elle écrit dans son cahier bleu nuit, des lettres à Jeanne, qu’elle n’enverra jamais. Son écriture passe par toutes les gammes des émotions exacerbées de l’adolescence.