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Françoise Lepage a choisi:
Mes yeux se ferment au bruissement des vagues qui glissent sur la plage. Froissement de papier de soie qui se déroule et s’enroule sur le satin mat du sable doré. Murmure infiniment recommencé. Je somnole, allongée sur la grève, sous un soleil ardent que tempère une douce brise.
Je suis bien.
Je m’étire comme un chat et ronronne de plaisir.
Soudain, un craquement, près de moi, me fait sursauter. J’entrouvre les yeux, puis les ouvre tout grand, les écarquille : un énorme lion est penché au-dessus de moi. Sa grosse tête me cache la lumière du soleil. Horrifiée, je tente de me lever en vitesse. Plus vif que moi, l’animal avance une patte, la pose sur ma poitrine pour me retenir et me rejette en arrière. S’il se soulève et fait un pas en avant, il va m’écraser les côtes. J’entends déjà le craquement terrible de mes os comme celui d’une branche qu’on arrache ou d’un arbre qu’on abat. J’ai envie de crier, mais les sons se coincent dans ma gorge. J’étouffe.
Françoise Lepage commente:
Ce récit de cauchemar met en place l’atmosphère étouffante dans laquelle l’héroïne va se débattre au cours de la première partie du roman. Les statistiques révèlent qu’un jeune Québécois sur cinq souffre d’angoisse scolaire, et qu’à l’aube du XXIe siècle, on ne dispose d’aucune véritable stratégie d’intervention. La parole, qu’elle soit orale ou écrite, permet d’évacuer bien des tensions et ouvre la voie à une forme d’apaisement. Tel est le cheminement qu’est amenée à faire l’héroïne jusqu’à ce qu’elle devienne, comme tous les jeunes en devenir, l’enfant « aux mille couleurs ».