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Jasmine Dubé (auteure)

Photo: Louise Leblanc
Jasmine Dubé est née en 1957 à Amqui (Québec). Elle a étudié en lettres au Cégep de Matane puis en interprétation à l'École nationale de théâtre. Auteure, comédienne, metteure en scène et scénariste, elle est également cofondatrice et directrice artistique du Théâtre Bouches Décousues. Romancière, elle écrit des albums pour les enfants.



Dès la parution de Bouches Décousues (Leméac Éditeur – 1985), son premier texte théâtral destiné au jeune public, Jasmine Dubé donne un nouveau visage aux rapports entre les enfants et «leurs» adultes. Le sujet tabou des abus sexuels dont les enfants sont parfois victimes est alors abordé. Cette pièce a été jouée plus de 350 fois au Québec, puis en Europe. La dramaturge crée des personnages atypiques comme celui de Pierrette dans Pierrette Pan, ministre de l'Enfance et des Produits dérivés (Leméac – 1995) où il est question de pouvoir et d'une adulte qui n'aime pas les enfants. La tendresse masculine, la fugue, l'itinérance, l'homosexualité et la mort sont au cœur de son œuvre. Plusieurs de ses pièces sont traduites et présentées au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en France, en Belgique, en Suisse et  au Portugal.



Comme auteure d’albums, on lui doit la série Elvis (La courte échelle – 2000-2001), les mini-romans de la série Nazaire (1996 – 1999), et la série La petite Irène (même éditeur – 2009-2012)). En 2006, Jasmine Dubé poursuit son oeuvre littéraire avec un conte traditionnel, L’enfant de la cheminée (même éditeur). 



Petit Monstre (Leméac Éditeur – 1993) s’est mérité le prix de la meilleure production «jeunes publics» de l’Association québécoise des critiques de théâtre en 1992. En 1996, l'Académie québécoise du théâtre lui remettait le masque du texte original pour La Bonne Femme (même éditeur – 1997). En 1998, elle recevait la médaille d'argent du Rayonnement culturel de la Renaissance française. La même année, elle remportait le Prix Arthur-Buies pour l'ensemble de son œuvre et le Prix Alvine-Bélisle avec l’album L’Ourson qui voulait une Juliette (La courte échelle – 1997). En 2010, on inaugurait la Bibliothèque Jasmine-Dubé à Amqui.  En 2013, elle a reçu le Prix Raymond-Plante pour son apport exceptionnel à la littérature québécoise pour la jeunesse.

Extrait

Fais un voeu, Nazaire!
Jasmine Dubé - Ill. : Sylvie Daigle - La courte échelle - Coll. «Premier Roman» - 1994 - 64 p. - ISBN : 2-89021-215-7

Jasmine Dubé a choisi:

Puis, un jour, mon père est venu me chercher à la garderie. Il y avait de la tristesse dans ses yeux.

Il a dit qu’on allait rejoindre maman à l’hôpital.

Ma mère était couchée dans un lit blanc en fer. Elle pleurait.

-J’ai perdu le bébé.

-Où? Où tu l’as perdu, maman?

-C’est une façon de parler, Nazaire. Ça veut dire que le petit bébé qui était dans mon ventre, il n’est plus là.

-Pourquoi?

-Parce que… il n’y a pas vraiment de raison. Il n’était pas assez fort, peut-être. Il ne pouvait pas vivre. Il ne grandissait plus dans mon ventre et… son cœur a cessé de battre.

-Où est-ce qu’il est parti, le petit pois?

-Je ne sais pas, Nazaire.

-Peut-être qu’il s’est envolé vers les étoiles, hein maman?

-Peut-être, peut-être bien.

-On va se reprendre. Un jour, on aura un autre bébé, a dit mon père.

Mais il y avait de l’eau dans ses yeux. Ce jour-là, je me rappelle, on a pleuré tous les trois dans nos six bras. À l’hôpital. Sur le lit de fer de ma mère.

On pleurait parce qu’un bébé gros comme un petit pois s’était décroché du ventre de maman.

Jasmine Dubé commente:

Il y a des sujets qui sont plus difficiles à aborder avec les enfants. On cherche l’angle, la bonne approche, les mots justes… Dans la série Nazaire, le petit a droit au chapitre; il n’est pas tenu à l’écart de la réalité, il n’est pas surprotégé. Nazaire partage son chagrin avec ses parents. Tous les trois sont concernés par ce grand rêve brisé. En laissant couler leur peine entre leurs six bras, la confiance et le respect s’entremêlent. J’aime la tendresse.

J’aime que les enfants et les adultes soient sur un pied d’égalité.